L’Écume des Jours : Boris Vian selon Michel Gondry

Lorsque l’on a appris que Michel Gondry avait décidé d’adapter le livre le plus connu de Boris Vian, ça a sonné comme une évidence. Qui mieux que lui pouvait relever un tel défi ? L’imaginaire du réalisateur est à l’image de ce roman culte : débordant d’inventivité et de folie.

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Dès le début du film, on se retrouve plongé dans l’univers du héros Colin, un univers truffée de détails imaginaires qui surprennent autant qu’ils déstabilisent. Entre autres, Colin habite une drôle de maison avec une sonnette qui marche, des chaussures qui aboient, un wagon de métro en guise de couloir, ou encore un pianocktail (piano qui compose des cocktails en fonction des notes jouées). C’est dans cette première partie que les effets visuels vont bon train, le stop-motion (procédé qui consiste à une animation image par image) étant presque trop présent parfois.

Et puis il y a tous ces personnages créés par Vian qui se matérialisent à l’écran: le meilleur ami Chick, accro aux écrits du philosophe Jean-Sol Partre, le cuisinier Nicolas qui confectionne des mets tous plus originaux les uns que les autres, et surtout Chloé, l’amoureuse de Colin. Tout au long de l’histoire, le spectateur assiste impuissant à la lente agonie de cette belle histoire d’amour, mise à mal par un nénuphar qui se développe dans le poumon de Chloé. Au fur et à mesure que le nénuphar grandit, la maison du couple rétrécie, se dégrade, s’apparentant à  une fleur qui fane. L’image du film évolue dans ce sens. D’une lumière chaude et de couleurs vives, on passe à un noir et blanc de plus en plus terne. La réalisation délaisse au fur et à mesure les effets visuels pour une mise en scène plus intimiste, sans artifices, au plus près des personnages. C’est ainsi que l’émotion, jusqu’ ici difficile à percevoir, nous parvient et  nous submerge.

Bien évidemment, L’Écume des Jours est moins abordable qu’un film pop-corn classique comme on en voit trop. Et on a beau être déboussolé, il faut aller le voir, car cela fait du bien ! Les acteurs sont au meilleur de leur forme, avec un petit coup de cœur pour Audrey Tautou qui incarne à la perfection la Chloé que l’on imaginait. Les idées fusent, fidèles au roman, et donnent envie de se retrouver dans cet univers, ne serait-ce que pour pouvoir faire un tour de nuage au-dessus de Paris… aux côtés de Romain Duris bien sûr !

L’Écume des Jours, un film de Michel Gondry, avec Romain Duris, Audrey Tautou, Gad Elmaleh, Omar Sy, Aïssa Maïga et Charlotte Le Bon. En salles à partir du 24 avril.