BD : Rencontre avec la dessinatrice Diglee pour son dernier album « Forever Bitch »

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Dans son dernier album, Diglee croque trois trentenaires dans leur vie quotidienne et on ne peut que se reconnaître dans leurs questionnements sur les mecs, les parents ou encore l’amitié. (Découvrez un extrait de l’album par ici) Traits précis, dialogues drôlement savoureux et situations empreintes de réalité ; Diglee nous régale avec les aventures de Maud, Louise et Audrey. Rencontre avec une auteur talentueuse qui semble si bien nous connaître.

Dans cet album, tu ne parles pas de toi, pourquoi avoir jeté ton dévolu sur les trentenaires ?

Ce ne sont pas juste « des trentenaires », ce sont d’abord des amies qui me semblaient parfaites pour être érigées en héroïnes BD. Qu’elles aient trente (vingt neuf ! pas trente !) ans ou vingt cinq, c’est surtout leur vie et caractères qui m’ont séduite.

Tu as observé tes amies pour t’inspirer, comment ont-elles réagi en lisant l’album ?

Elles ont été très touchées. Elles connaissent mon humour, et elles avaient lu une partie de l’album en exclu, pendant que je le dessinais : donc je pense qu’elles savaient plus ou moins à quoi s’attendre.

Et le titre alors, Forever Bitch, ça les a fait tiquer ?

Non, du tout ! Je suis en plein dans le langage qu’on utilise entre nous. Pas de surprise.

Est-ce que ton processus de création et l’humour sont indissociables ?

Mmmh, non ! À ma grande surprise. Je me suis réfugiée avec délice dans l’humour toutes ces années, parce que c’était rassurant. On est beaucoup moins prise au sérieux et attaquable quand on fait de l’humour. Je me moquais déjà bien assez de moi pour que les autres s’y mettent. Mais aujourd’hui, j’ai besoin d’un peu d’air. Envie d’écrire, de creuser des sujets qui me touchent, sans forcément user du bouclier « humour ». Oser être dans la faille, dans l’intime. Ça me fait peur, et en même temps je sens que j’arrive à un moment de ma vie où cela devient nécessaire.

Qui est la Bitch suprême pour toi et pourquoi ?

Gaga, cause she’s a FREE BITCH BABY.

Quelle est la chose la plus bitchy que tu aies faite ?

Il m’est arrivé, jeune pré-pubère irascible et mal dans sa peau que j’étais, de faire un croche-pattes à une fille parce qu’elle parlait à un individu mâle que je convoitais. Erreur de jeunesse. Je fais mon Mea Culpa. Sandrine, pardon.

Ton prochain album sera consacré à « la vie d’une femme libérée dans les années 20 », d’où te vient cette idée ? Selon toi, elles étaient déjà des bitches à l’époque ?

Cette idée me vient de cartes postales que j’ai chinées en 2009, aux puces. J’en parlais déjà à l’époque sur mon blog. En me baladant, j’étais tombée par hasard sur une correspondance de 1925 censurée (enveloppes collées au dos)… Persuadée de posséder un trésor, je me suis ruée dessus : j’ai acheté une dizaine de cartes parmi la centaine présente avec le peu de sous qu’il me restait, et une fois chez moi, je me suis mis en tête de les révéler à nouveau. Après moultes trempettes en eau bouillante, j’ai découvert une infime partie de la correspondance amoureuse d’une certaine Anna. Une femme, trois amants. J’avais 21 ans, et Anna avait certainement, après enquête, autour de 25 ans (j’en parle aussi là). L’identification et l’inspiration ont été immédiates. J’ai fantasmé la vie de cette inconnue, tenté de retrouver ses ancêtres sur le net, pour finalement me dire que la meilleure chose à faire de cette trouvaille, c’était encore de lui consacrer un album. J’avais dessiné 20 planches et proposé le projet à un éditeur qui aujourd’hui m’édite mais qui, à l’époque, attendait de moi quelque chose de plus « Diglee ». Cela me fait toujours sourire quand des gens me disent : « Mais tu n’en as pas marre, de faire du girly ? ». Je leur réponds que si, évidemment, c’est amusant mais incomplet : seulement qu’il a d’abord fallu que je fasse mes preuves là on me donnait ma chance. La brèche du girly m’a lancée, m’a donné confiance et m’a fait évoluer plus que tout. Mais aujourd’hui je suis heureuse de pouvoir combiner mes passions plus littéraires et artistiques à mon travail édité. Pour ce qui est des « bitches », non : pas de « bitch » puisque ce terme popularisé est inhérent à 2013. Mais des femmes puissantes et en pleine émancipation, oui !

©VOLLMER-LO
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